{"id":1403,"date":"2018-01-11T11:22:46","date_gmt":"2018-01-11T10:22:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.desireewickler.net\/?page_id=1403"},"modified":"2020-08-29T13:48:24","modified_gmt":"2020-08-29T11:48:24","slug":"parasite-paradise-by-ludovic-bernhardt","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.desireewickler.net\/fr\/home\/parasite-paradise-by-ludovic-bernhardt\/","title":{"rendered":"Parasite Paradise de Ludovic Bernhardt"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Dans le roman <i>La for\u00eat de cristal <\/i>(<i>The Cristal world<\/i>, 1978), l\u2019auteur, J. G. Ballard, prend pour d\u00e9cor une for\u00eat tropicale envo\u00fbtante dans laquelle les arbres et v\u00e9g\u00e9taux se transforment petit \u00e0 petit en amas de cristal de roche. En plus de subir cette transformation magique, ces arbres progressent lentement en transformant sur leur passage tous les objets et esp\u00e8ces vivantes en sculpture de cristal ; la valeur de ce processus est \u00e9videmment attractive pour les hommes et leur soif de pouvoir et de richesse, mais s\u2019apparente plus \u00e0 un vaste processus de mort, tant le danger et la maladie co\u00efncident avec la pierre \u00e9tincelante. Ballard, par l\u2019exploration d\u2019un univers de science fiction surr\u00e9aliste, est de toute \u00e9vidence fascin\u00e9 par les puissances luxuriantes \u2013 ici, une for\u00eat tropicale \u2013 porteuses de magie aux allures paradisiaques, mais porteuse aussi de pathologie au comportement parasitaire. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">La litt\u00e9rature, comme le dessin, semblent parfois \u00eatre habit\u00e9s par des forces antagonistes du m\u00eame ordre. La promesse mythique d\u2019un certain paradis associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nature, v\u00e9hicul\u00e9e par le dessin ou la peinture, peut aussi laisser entrevoir la pr\u00e9sence de formes parasitaires qui d\u00e9s\u00e9quilibrent cette esp\u00e9rance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Si les trois artistes Olga Karpinsky, Nathalie No\u00e9 Adam et D\u00e9sir\u00e9e Wickler ont choisi le titre <i>Parasite Paradise <\/i>pour leur exposition, c\u2019est certainement parce que leur travail retrouve cette myst\u00e9rieuse corr\u00e9lation ; le titre annonce l\u2019id\u00e9e qu\u2019un parasite, au sens ouvert et m\u00e9taphorique du terme, s\u2019est immisc\u00e9 dans l\u2019activit\u00e9 sacr\u00e9e du peintre. Ici, le parasite n\u2019est pas seulement cet organisme qui vit uniquement au d\u00e9pend d\u2019un autre, c\u2019est aussi, plus largement, un \u00e9l\u00e9ment n\u00e9faste, malin, contaminant, qui envahit et se nourrit des signes produits. Il faudra ici consid\u00e9rer que les dessins et peintures expos\u00e9s poss\u00e8dent eux-m\u00eame un caract\u00e8re biologique, en tant que signes graphiques. Les trois artistes concern\u00e9es par cette biologie du signe et sa relation aux parasitages, proposent une exploration sensible de cet antagonisme. Elles questionnent le \u00abcorps \u00e9tranger\u00bb, le \u00abvampire\u00bb, contenu dans l\u2019activit\u00e9 du peintre, tout en y associant un plaisir et un envo\u00fbtement propres \u00e0 la nature et \u00e0 son efflorescence, comme pour la for\u00eat d\u2019\u00e9meraude de Ballard.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Nous savons que la nature a pu \u00eatre per\u00e7ue par certains artistes ou penseurs, comme le contexte du paradis ( du <i>Jardin des d\u00e9lices <\/i>de Bosch au <i>bon sauvage <\/i>de Rousseau ) et que sa sup\u00e9riorit\u00e9 idyllique est, dans ce cas, plac\u00e9e \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 humaine et de son impuret\u00e9 : l\u2019humain-parasite, l\u2019homme et sa soci\u00e9t\u00e9 vici\u00e9e, celui qui pollue l\u2019harmonie originelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Mais nous savons aussi que l\u2019homme a pu percevoir la nature comme une forme de paradis sauvage, et, dans le m\u00eame temps, a pu se sentir \u00e9cras\u00e9 par le <i>sublime <\/i>de celleci, aval\u00e9 par sa dangerosit\u00e9, soumis \u00e0 ses caprices d\u00e9miurgiques, la nature devenant un \u00eatre terrible et sans piti\u00e9. Le romantisme du 19e si\u00e8cle a largement parl\u00e9 de cela. Aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019heure des catastrophes \u00e9cologiques programm\u00e9es et du recouvrement de la plan\u00e8te d\u2019une nouvelle cro\u00fbte artificielle polluante ( l\u2019anthropoc\u00e8ne ), les artistes ont tendance \u00e0 refuser la nostalgie simpliste d\u2019une nature perdue aussi bien qu\u2019\u00e0 se d\u00e9sint\u00e9resser de l\u2019aspect terrifiant de la nature. Certains explorent la dimension globale de la catastrophe techno-scientifique. D\u2019autres posent leur int\u00e9r\u00eat ailleurs. Notamment, et cela concerne nos trois artistes, le biologique : la familiarit\u00e9 qu\u2019il y a entre une biologie v\u00e9g\u00e9tale et animale\/ humaine, le biologique dans son ensemble. Je crois d\u00e9celer dans leur travail un int\u00e9r\u00eat vif pour les concepts de <i>pathologique <\/i>et de <i>normal<\/i>, dans le domaine du vivant. Pour appr\u00e9hender cette intuition nous pouvons citer le philosophe Canguilhem, celui-ci s\u2019opposant au dogme selon lequel il \u00abexiste une identit\u00e9 r\u00e9elle des ph\u00e9nom\u00e8nes vitaux normaux et pathologiques\u00bb. Pour Auguste Comte le pathologique est une forme d\u00e9riv\u00e9e du normal. Au contraire, Canguilhem d\u00e9clare que la maladie est une \u00abautre allure de la vie\u00bb ; elle oblige l\u2019homme \u00e0 vivre une \u00abautre vie, m\u00eame au sens biologique de ce mot\u00bb et impose \u00e0 l\u2019organisme de modifier ses \u00e9tats pr\u00e9c\u00e9dents. Elle n\u2019y a pas d\u2019identit\u00e9 entre \u00e9tat normal et \u00e9tat pathologique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">\u00c0 partir de ces conceptions, et en les adaptant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 l\u2019art par pur \u00e9tirement analogique, nous voyons bien, dans les des-sins de Nathalie No\u00e9 Adam, que la vie normale et la vie parasitaire sont questionn\u00e9es. Chez cette artiste luxembourgeoise la vie v\u00e9g\u00e9tale et la vie organique humaine luttent en essayant de se distinguer l\u2019une de l\u2019autre, l\u2019une \u00e9tant le parasite de l\u2019autre. Peut-\u00eatre sommes-nous dans une conception proche de Comte pour lequel maladie et vie normale sont mis au m\u00eame niveau. Chez Nathalie No\u00e9, il est vrai que la plante joue un r\u00f4le viral et invasif qui d\u00e9stabilise le vivant humain, tout en affirmant sa luxuriance naturelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">\u00c0 l\u2019inverse, chez Olga Karpinsky, ces deux notions paraissent plus oppos\u00e9es. En effet ses gravures montrent une certaine distinction entre le normal et le pathologique, ce dernier renversant l\u2019\u00e9tat normal. Mais aussil\u2019\u00e9tat normal, naturel et d\u00e9licat, est totalement revendiqu\u00e9 comme un \u00e9quilibre constitutif de la vie, menac\u00e9 par des d\u00e9viances. Une vision \u00e9trangement pure du biologique v\u00e9g\u00e9tal la fait s\u2019interroger sur le pourquoi de l\u2019identit\u00e9 parasitaire du biologique animal\/ humain. Ses gravures montrent un go\u00fbt prononc\u00e9 pour le raffinement du biologique et sa dimension cr\u00e9atrice.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Chez D\u00e9sir\u00e9e Wickler, des environnements nocturnes charg\u00e9s de myst\u00e8res denses et bruts semblent contaminer la vie naturelle. Hommes, animaux et arbres, noy\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9, sont engag\u00e9s dans un magma o\u00f9 le n\u00e9gatif joue un r\u00f4le biologique \u00e9vident, un n\u00e9gatif magique. Le parasite semble \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019environnement, rien ne distinguant l\u2019habitat naturel de la masse t\u00e9n\u00e9breuse. Nature et \u00e9tat \u00abparasitaire\u00bb sont entrem\u00eal\u00e9s dans une zone sauvage ensorcelante.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Les dessins, gravures et s\u00e9rigraphies expos\u00e9s par les trois artistes sont donc des exp\u00e9rimentations graphiques habit\u00e9es par des notions aussi difficiles que les \u00e9tats anormaux, d\u00e9viants, parasitaires et n\u00e9gatifs du biologique, du v\u00e9g\u00e9tal et\/ou de l\u2019humain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\">Il reste \u00e0 d\u00e9finir cette id\u00e9e de <i>Paradise <\/i>annonc\u00e9e par le titre. Nous pourrions comprendre na\u00efvement cela comme l\u2019oppos\u00e9 du <i>Parasite<\/i>, mais le titre nous indique bien une g\u00e9mellit\u00e9 des deux termes, lesquels, en anglais, n\u2019ont qu\u2019une lettre pour les diff\u00e9rencier (le jeu d\u2019interf\u00e9rence entre le T et le D, le T bousculant, parasitant et effa\u00e7ant le D, indique bien que g\u00e9mellit\u00e9 et parasitage sont deux concepts ins\u00e9parables). Les oeuvres des trois artistes jouent justement avec l\u2019id\u00e9e \u00e9l\u00e9gante qu\u2019il n\u2019y a pas de paradis sans parasite, que le paradis, ce jardin merveilleux aux \u00abproductions d\u00e9lec-tables\u00bb, ce jardin clos r\u00e9serv\u00e9 au bonheur, ne peut exister sans le parasite (le n\u00e9gatif, le viral, l\u2019invasif, le nocturne) qui viendra se greffer en tant que corps \u00e9tranger, mais aussi comme son alter-ego. Il est en effet son contraire (un alien, un intrus) mais aussi son jumeau, celui qui s\u2019identifiera \u00e0 lui au point de vouloir prendre sa place. Cela est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de l\u2019id\u00e9e d\u2019un paradis purement virginal; il est, au contraire, li\u00e9 aux d\u00e9sirs (propres aux processus de vie) de contaminer ce qui est par trop bien prot\u00e9g\u00e9. Les images de nos artistes interrogent, chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, cette essence du paradis, de son double d\u00e9sir de jouissance \u00e9ternelle et de viol inh\u00e9rent.<\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\"><b>Ludovic Bernhardt<\/b>, conseiller artistique<\/span><\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le roman La for\u00eat de cristal (The Cristal world, 1978), l\u2019auteur, J. G. 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